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Julien Boutter : « Le Moselle Open a de belles années devant lui »

Ancien 46e joueur mondial et fierté du tennis mosellan, Julien Boutter est aujourd’hui le patron du Moselle Open, aux côtés d’Yvon Gérard et de Yann Kaysen, un tournoi prend de l’ampleur chaque année. Après une édition 2013 qui a vu Gilles Simon l’emporter, le Moselle Open quitte Metz-Expo pour les Arènes en 2014 avec l’ambition de proposer un événement toujours plus attrayant, où Wawrinka, Tsonga et Monfils sont d’ores et déjà annoncés. Tour d’horizon avec le directeur du tournoi.

Déjà plus de dix ans depuis la première du Moselle Open. Êtes-vous satisfait du tournoi qu’il est devenu ?

Julien Boutter : Plus que satisfait. Voir ce tournoi rivaliser, au bout de 7-8 ans, avec les meilleurs ATP250 qui sont là, pour certains, depuis plus de 20 ans, avec leur savoir-faire, des budgets plus importants que le nôtre, et de faire aussi bien voire mieux, c’est une fierté pour l’équipe.

Imaginiez-vous, lors de son lancement en 2003, qu’il pourrait encore exister en 2014 ?

J. B. : À l’origine, nous n’étions pas autonomes et nous savions que nous n’étions pas à l’abri de modifications importantes ou même de déménagements tant qu’on n’avait pas la mainmise sur le tournoi. Il fallait montrer qu’on était capable de l’avoir et de le faire perdurer. Il y a eu ensuite beaucoup de péripéties et on souhaitait absolument conserver l’ancrage local. C’est pour cette raison que nous nous sommes positionnés, en 2009, pour le racheter.

La 12e édition du Moselle Open démarrera en septembre prochain. Quel bilan tirez-vous de la 11e édition ?

J. B. : Chaque édition est meilleure que la précédente. Après une première édition en 2003 réussie avec peu de budget, peu d’expérience où on a réussi à avoir une finale entre Arnaud Clément et Fernando Gonzalez – qui était à l’époque dans le Top 20 – c’était plus que ce que l’on espérait. L’année d’après, on a beaucoup travaillé sur le plateau et on a eu des désistements à la pelle – six têtes de série ont déclaré forfait la semaine avant le tournoi – et donc cela n’a pas été une catastrophe mais ça a été très dur à comprendre pour le public. Donc, hormis cette deuxième édition qui fut compliquée, nous sommes très satisfaits de l’évolution du tournoi qui s’améliore chaque année.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de quitter Metz Expo pour retourner aux Arènes ?

J. B. : Il y avait des coûts importants dans l’installation du tournoi à Metz-Expo. Tout le montage du site était financièrement très cher, parce que l’on avait un bel outil, mais on avait une coquille vide. Le coût est tellement important qu’on avait l’impression de jeter de l’argent par les fenêtres. Il y avait beaucoup d’espaces à décorer, combler pour ne pas laisser d’endroits vides. Ce déménagement a été d’abord économique mais le but ultime de tout ça, c’est de pouvoir continuer à progresser justement.

Quelles seront les nouveautés de l’édition 2014 via ce retour aux Arènes ?

J. B. : D’avoir bougé à Metz-Expo nous a permis de créer de nouvelles zones. Donc, ces zones vont être réinstallées aux Arènes en utilisant le maximum l’espace autour de la salle. On veut développer le village, le fun park… le but c’est de remettre ce qui a bien fonctionné à Metz-Expo et d’utiliser les atouts des deux. On est en train de réfléchir au mode de fonctionnement que pourrait avoir l’installation d’un terrain d’entraînement sur l’esplanade des Arènes, sur cette implantation qui paraît complexe. Nous envisageons également d’installer une zone VIP à l’extérieur des Arènes dans un espace couvert confortable pour accueillir nos partenaires. La vraie nouveauté sur le plan du jeu, c’est l’acquisition du « Hawk-Eye »* qui est une vraie révolution sur le plan de l’arbitrage et qui n’est pas encore présent sur tous les grands tournois. Nous sommes ravis d’avoir fait l’acquisition de cette technologie.

Le plateau de l’édition 2014 est alléchant avec Tsonga, Monfils mais surtout Wawrinka. Expliquez-nous comment se déroulent les tractations pour obtenir un joueur du top 10 ? Ca se joue beaucoup à l’affectif ?

J. B. : Il y a plusieurs critères. Il y a l’aspect relationnel, affectif, financier et la place dans son calendrier et enfin les points à glaner. Le réseau est important et il y a des contacts réguliers avec le joueur, son entourage, le feeling qui passe. Parfois, on profite de cette date pour convaincre un joueur de revenir sur le tournoi après une longue blessure, comme ce fut le cas pour Jo-Wilfried Tsonga ou Gaël Monfils par le passé. Il y a aussi ce qu’on a fait avec Jo et ce contrat d’ambassadeur sur trois ans que l’on avait noué avec lui.

Avez-vous des craintes sur le forfait tardif de vos têtes d’affiche ?

J. B. : Toujours oui. On n’est pas à l’abri de forfaits de dernière minute. Le fait qu’un tour de Coupe Davis se joue une semaine avant le tournoi peut effectivement nous jouer des tours. Il se peut que le joueur inscrit se blesse mais aussi qu’il revienne d’un très long voyage s’il va jouer au Japon ou au Kazakhstan – seuls pays lointains encore en lice – et qu’il ne soit pas remis du trajet… Et c’est le cas aussi pour des joueurs qui ne sont plus en Coupe Davis et qui reviennent d’un tournoi à l’autre bout du monde. L’exemple de Jerzy Janowicz l’an passé, qui s’est retiré six semaines avant, est parlant.

Quelques anciennes gloires du tennis comme Amélie Mauresmo, Yannick Noah ou Fabrice Santoro sont venus l’an passé fouler les courts de Metz-Expo. Peut-on un jour imaginer y voir d’autres stars comme McEnroe, Agassi ou Sampras venir faire le show ?

J. B. : Bien sûr. Après, tout est une question de budget. Notre but est de tout lier. C’est pour ça que l’on s’est toujours attelé à avoir un plateau dense, assez fort, avec des têtes d’affiche, des anciens, des jeunes… l’erreur à ne pas faire est de sortir de ce côté sportif et de devenir un événement de business et autres. On veut créer un événement qui rassemble toutes les populations, d’ailleurs pas moins de 80 000 jeunes sont venus depuis dix ans, c’est dire. C’est donc aussi une réflexion de notre part de faire venir des anciens grands joueurs du tennis mondial, si le budget nous le permet.

Quand on a été joueur de haut niveau né en Moselle… ne regrette-t-on pas de n’avoir pu être l’un des participants de ce Moselle Open ?

J. B. : Si, évidemment. J’aurais pu le faire en 2003 mais deux mois avant le tournoi, j’ai eu une rupture de la coiffe des rotateurs de l’épaule et j’ai assisté à l’événement des tribunes. L’année suivante, j’ai arrêté ma carrière et je l’ai seulement joué en double avec Olivier Mutis, mais c’était surtout symbolique. Si vous allez voir Arnaud Clément, il a gagné plusieurs titres mais celui qui a dû le plus le marquer c’est quand il a gagné Marseille, dans sa ville.

Quel regard avez-vous sur votre carrière, sur ce que vous avez accompli ?

J. B. : (Très long silence). J’ai accompli les choses comme elles se sont passées pour moi, c’est-à-dire normalement. J’ai mis autant d’énergie que quelqu’un qui veut monter son entreprise. Après, il y a le côté exceptionnel car personne n’a fait ce que j’ai fait (il est devenu pro tard, à 22 ans, sans passer par des pôles de formation, NDLR), qui vous dit que le truc est incroyable. J’ai eu le mérite de croire en quelque chose que personne n’avait jamais fait.

Pensez-vous que vous auriez pu faire mieux en commençant plus tôt ?

J. B. : Forcément puisque je n’ai pas eu la formation que tous les autres avaient eue. Mon corps n’était pas préparé à une charge physique aussi importante. Ca laisse forcément un goût d’inachevé, mais dans la finalité. On perd forcément du temps quand on apprend seul et au moment où je touchais à mon but, à 27-28 ans, j’ai eu de nombreuses blessures et je n’ai pas pu mettre en place l’apprentissage et le travail que j’ai faits pendant sept ans. J’ai fait des études jusqu’à 21 ans avec 40 heures de cours par semaine donc je ne jouais que deux ou trois fois par semaine, je faisais rarement des footings, je ne faisais jamais de physique et à 22 ans, je deviens pro et je dois supporter l’accumulation des matchs, des tournois, des voyages sans que mon corps puisse supporter tout ça. C’est un parcours du combattant.

Votre plus grand souvenir de carrière, lequel est-ce ?

J. B. : Si je réfléchis comme ça, je dirais qu’il y en a trois. Quand je bats Gustavo Kuerten, alors numéro 1 mondial, à Bâle (Suisse), en 2001 et quand il est numéro 2 à l’Open d’Australie après avoir été mené deux sets à zéro. Ensuite, je dirais ma victoire contre Younès El-Aynaoui à Casablanca. Une victoire épique puisque je jouais chez lui dans une ambiance hostile. Et puis en 2001, je bats Alberto Costa au 1er tour de Roland-Garros, un an avant qu’il remporte le tournoi.

Le Moselle Open est-il capable, un jour, d’attirer Roger Federer ou Rafael Nadal ?

J. B. : On ne peut pas dire que c’est impossible. À l’heure actuelle, faire venir un numéro 1 mondial ou même les joueurs du Top 3 comme Djokovic ou Federer, c’est quasiment impossible mais c’est possible. On peut imaginer que Djokovic se blesse, qu’il a envie de revenir au mois de septembre, il a besoin de faire un tournoi et est demandeur de faire des matchs, il peut venir à Metz. Mais cela reste un cas de figure particulier. Mais rien n’est impossible.

Le tournoi a-t-il un bel avenir devant lui après les rumeurs de vente à l’étranger ?

J. B. : Maintenant oui, je le pense. La balle est dans notre camp.

* Hawk-Eye (littéralement « œil de faucon ») est un système informatique propriétaire destiné à l’arbitrage pour régler les litiges liés aux balles près de la ligne.
Renseignements : www.moselle-open.com

Photo : DR - Article publié le 30 mai 2014

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