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Portrait de Noël : Salif Diallo

Ancien handballeur du SMEC en Nationale 1A (équivalent de la D1 aujourd’hui), Salif Diallo est surtout une force de la nature. Celui qui aurait pu percer dans le football ou le basket a opté pour le handball « car le stade était plus près ». C’était en 1981, à Dakar au Sénégal.

Jeune, c’était le football qui avait pourtant sa préférence. Salif Diallo ou l’art du contre-pied. « Je vouais une passion grandissante pour le football mais le stade était assez loin de chez moi et mon père n’appréciait guère que je rentre tard alors que j’avais des devoirs à faire, se souvient Salif. Il y avait un stade de handball en face de chez moi, à Dakar. C’était donc plus simple pour tout le monde que je fasse ce sport-ci. » Né à Dakar en 1967, Salif Diallo s’installe dans un premier temps dans les buts, à défaut d’autre chose. Mais à l’occasion d’un tournoi où il y avait déjà un gardien dans son équipe, Salif joue dans le champ… et finit meilleur buteur du challenge cadet organisé au Sénégal. L’avenir est en marche. Membre de l’US Gorée, le colosse aux pieds d’argile subit un double surclassement pour pouvoir jouer en séniors… à 14 ans. Sept ans de handball au Sénégal avant un coup de téléphone qui scellera à tout jamais son destin français. « Mon frère Pilo, de trois ans mon aîné, jouait à l’ASPTT Metz en Nationale 1B (Division 2 aujourd’hui, NDLR). En 1989, il s’est cassé l’os scaphoïde et son indisponibilité de plusieurs mois mettait son club dans l’embarras. Il a alors proposé aux dirigeants de me faire venir pour le remplacer le temps de son rétablissement, ils ont accepté. En novembre de cette année-là, je quittais les 30°C de Dakar pour les 2°C en Moselle. Changement radical, se souvient avec le sourire Salif Diallo. Je venais au départ en France pour trois mois, cela fait 21 ans aujourd’hui. » Maisle bonheur des uns fait le malheur des autres. Les performances exceptionnelles du Dakarois condamnent, sans le vouloir, son grand frère. « Le club ne pouvait pas aligner deux joueurs étrangers sur la feuille de match. C’était donc lui ou moi. Ce fut un moment compliqué à gérer pour moi. » Ses performances à l’ASPTT ne laissent pas les dirigeants du SMEC handball de marbre qui décident de l’engager à l’été 1991.

Krumbholz, pile ou casse

Quelques mois seulement après avoir quitté son île de Gorée natale, Salif Diallo signe dans ce qui se fait de mieux en championnat de handball hexagonal. Malheureusement, cette saison 1991-1992 ne sera pas de tout repos pour l’arrière sénégalais. « Après deux journées et autant de défaites, je me suis permis de demander à l’entraîneur de l’époque, Jean-Paul Krumbholz, pourquoi on travaillait autant la défense et le physique à défaut des phases offensives. Il me répond sèchement « C’est toi qui me dit ce que je dois faire ? » Résultat, à Gagny, lors du match suivant, je me retrouve sur le banc. » L’intervention du frère du coach messin, Olivier, aujourd’hui sélectionneur français à succès, pour faire rentrer Salif Diallo est pourtant décisive. « J’ai entendu son frère Olivier crier « fais-le rentrer ! ». Sur le terrain, j’ai marqué huit buts d’affilée et nous avons remporté le match. » Maisrien n’y change, le courant ne passe pas et Salif Diallo voit sa saison tronquée. Lors de l’été 1992, Salif signe en Nationale 3 (équivalent N2 aujourd’hui) à l’US Crépy-en-Valois, laissant ainsi trois divisions derrière lui : « C’était un choix personnel. Déçu de l’année que je venais de vivre, je voulais couper avec tout ça en me rapprochant de Paris. Je n’avais pas de repères en Moselle et je voulais me rapprocher de la ville où la colonie africaine était la plus présente. Sans habiter Paris pour autant de peur de me faire aspirer dans des zones incontrôlables. » Changement de région et changement de statut. Salif Diallo devient la « star » de l’équipe, celui sur qui tous les autres joueurs se reposent. Un cas particulier pour ce joueur pourtant si discret : « Je n’aime pas tirer la couverture sur moi. Mais tout le monde comptait sur moi alors il fallait que j’assure. Bien que surpris au début, j’y ai pris goût et j’ai fait de mon mieux. »

« Transmettre, c’est devenu une drogue »

Les tensions de fin de saison au club à Crépy persuadent Salif de revenir au bercail, en Moselle, à Folschviller, également en Nationale 3. Celui qui change de clubs tous les ans signe à Folschviller et y restera… 17 ans. « Avec ce club, j’ai connu cinq montées, de Nationale 3 à Nationale 1, où nous sommes restés cinq ans. Puis des soucis administratifs nous ont relégués en pré-national. » Comme à Crépy-en-Valois, Salif Diallo est la pièce maîtresse du jeu folschvillois, comme à Crépy, il éprouve quelques difficultés à assumer. Au début du moins. « Après, cela devient une drogue. Je courais partout pour avoir la balle et je m’appliquais à encourager mes coéquipiers. » Celui qu’un ancien coéquipier décrit comme « quelqu’un de calme et objectif, qui ne montait jamais en pression malgré les tensions de certains matches » a connu également une trentaine de sélections dans l’équipe nationale du Sénégal. « Je n’ai jamais trop compté, sourit Salif Diallo. J’ai arrêté ma carrière internationale après un tournoi en Égypte où l’organisation était catastrophique et où j’étais la cible des défenseurs adverses. Cela m’a secoué qu’on puisse vouloir « descendre » quelqu’un dans un sport. Je n’ai pas hésité et je n’ai aucun regret. » Ce rôle de grand frère à Crépy, Folschviller ou en sélection a tracé son chemin professionnel. « Cette transmission de savoir a contribué à ma vie aujourd’hui. » Depuis 1996, Salif Diallo est éducateur sportif au centre social de Folschviller, tout un symbole. « Mon rôle est d’apporter un soutien au niveau des associations sportives, de définir une politique sportive globale et d’organiser des stages sportifs pour les jeunes Folschvillois. C’est quelque chose qui me correspond. » Naturalisé Français depuis une quinzaine d’année, Salif Diallo s’est épris de la France et ne compte pas la quitter définitivement comme bon nombre d’expatriés. « Mes racines sont au Sénégal mais je me suis habitué à vivre en France. Je n’ai plus trop de repères au pays. À ma retraite, je ferais sûrement six mois en France et six mois au Sénégal. » L’art du contre-pied, toujours.

Photo : DR - Article publié le 24 décembre 2012

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