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Franck Ribéry, une cote en hausse

Talent fulgurant du football français, c’est à Metz que Franck Ribéry a explosé aux yeux de la planète foot. Aujourd’hui cadre du Bayern Munich, l’ancien numéro 10 du FC Metz a lourdement payé ses errements privés et l’affaire du bus de Knysna auprès des supporters français. Aujourd’hui, sa cote d’amour remonte. Histoire d’un plan de com’ bien calculé.

Est-ce vraiment utile de revenir sur ce qui a été communément appelé « l’affaire Zahia » ? Non. L’information a fait plusieurs fois le tour de la planète. L’été 2010 aura été un véritable cauchemar pour l’enfant de Boulogne-sur-Mer : poursuivi pour « sollicitations d’une prostituée mineure » en juillet 2010, l’affaire survient quelques semaines seulement après un autre scandale aux conséquences uniquement sportives cette fois, celle du bus de Knysna durant la Coupe du Monde 2010. Pourtant, le Nordiste n’est pas le mauvais garçon évoqué par les médias à écouter son ancien entraîneur à Metz et à l’OM, Jean Fernandez : « C’est quelqu’un de bien, un bon mec qui n’a rien à voir avec le caïd que certains décrivent. Mais encore une fois, il a été dépassé par certains événements. Il n’a pas pris conscience sur le moment de ce qu’il faisait et des conséquences. Mais je vous assure que c’est un super mec dans un groupe. Par rapport à ce qui s’est passé en Afrique du Sud, il a été le bouc émissaire. » Instigateur de la fronde des Bleus en Afrique du Sud, au même titre que Patrice Évra, l’ancien milieu de terrain de Galatasaray écopera de trois matches de suspension par la commission de discipline de la FFF. Revenu sous le maillot de l’équipe de France en mars 2012 pour les matches face au Luxembourg et à la Croatie après neuf mois d’absence, celui qui était terrassier avant de devenir joueur professionnel a dès lors entame alors sa phase de réconciliation avec le public français.

Sifflé en France, adulé en Allemagne

« Ribéry a dû effacer Knysna de sa mémoire. C’est difficile pour lui. Chaque fois qu’il porte le maillot de l’équipe de France, on le sent perturbé. Ça le pèse. Dans le passé, c’était le chouchou des supporters français. Mais depuis cette Coupe du monde 2010, on a du mal à retrouver le Ribéry qu’on a connu et qui brille avec le Bayern. » Les mots de l’ancien international Luis Fernandez résument bien le chemin parcouru par Franck Ribéry pour redevenir un incontournable de l’équipe de France. Pour le joueur de 29 ans, le chemin du grand pardon commence alors. Il se fend même d’un communiqué lors de sa réapparition dans le groupe de Laurent Blanc, en mars 2012 : « Je ne parlerai même pas des blessures qui ne m’ont pas épargné. Mais dans ma vie privée, dans mon comportement de footballeur, je me suis planté. J’ai pris des mauvaises routes, je me suis perdu. J’ai blessé des gens, des gens qui me sont très chers, j’en ai déçu voire choqué beaucoup d’autres : je m’en veux et je m’en excuse. » Suffisant pour être pardonné ? Non pour un public français intransigeant avec celui qui avait explosé sous le maillot bleu lors du Mondial 2006 en Allemagne. L’Allemagne, seule terre où « Kaiser Franck » se sent bien. Irrésistible en Bundesliga, Ribéry se laisse même aller à des envolées lyriques en juillet 2011 quand Sport Bild lui consacre un entretien : « Le titre de meilleur footballeur du monde est mon grand rêve. Je crois que j’ai une chance. Maintenant que je suis libéré dans ma tête, je peux atteindre le même niveau que Messi. Pour moi c’est une certitude. » Mouais… Finalement, le Ribéry du Bayern ressemble au Cristiano Ronaldo du Real : comme le Madrilène, le Munichois aligne les exploits en championnat et ne parvient pas à être décisif en équipe nationale. Est-ce un problème de désamour ? Ribéry lui-même avoue ne pas comprendre, dans un entretien accordé au journal L’Équipe, le 27 mars dernier : « Je ne comprends pas, toujours pas, pourquoi ma relation avec le public français est si difficile. Tout est réuni pour que je me sente mieux. Ça m’énerve ! Cela ne devrait pas se passer comme ça. Mais ce n’est pas directement avec le public qu’il y a un problème, c’est aussi avec des gens – certains consultants – qui sont dans le milieu. Ils n’arrêtent pas de me critiquer. Avec le public, en revanche, j’ai le sentiment que les choses s’améliorent, ça revient doucement. »

« J’ai fait le con comme jamais »

Les déclarations sont travaillées, les phrases préparées, Franck Ribéry veut séduire. Au-delà des mots, c’est lors des matches de préparation que l’ancien joueur de l’OM convainc le public. Muet en Bleu depuis trois ans, Ribéry se fend d’un but face à l’Islande et à la Serbie et effectue des prestations réussies. Jean-Michel Larqué, pourtant farouchement opposé au retour de Ribéry en Bleu en début d’année, déclare avant l’Euro : « Dans une équipe, ce sont souvent les grands joueurs qui font la différence. Il y avait bien longtemps qu’on n’avait pas vu un Ribéry dans cette forme. Idem pour Benzema. Ce sont des atouts évidemment très importants pour la réussite future de l’équipe de France. » Tant critiqué par le passé, le finaliste de la dernière Ligue des Champions retrouve peu à peu le chemin de la rédemption. Le plan de communication continue : « Il fallait que je reprenne confiance avec le public français. C’est arrivé pendant les matches amicaux, je m’en réjouis. » Et ses performances au championnat d’Europe confirmeront son retour au plus haut niveau en sélection. Pour Ribéry, son comportement de « caïd » doit disparaître. Un comportement discutable qui ne date pas d’hier rappelle Philippe Gaillot, à l’origine de sa venue à Metz en 2004 : « Franck, alors qu’il est à Brest, aucun club ne veut le prendre à cause de son comportement. Beaucoup de clubs hésitent, et puis Jean Fernandez nous dit de tenter le coup, pour le prendre comme deuxième joueur de couloir. Ribéry pose le pied sur le terrain et c’est fantastique. » Alors, la maturité va-t-elle apaiser le rutilant Ribéry ? « Être international reste un privilège que ce soit lors de la 1re ou de la 50e sélection et les joueurs auront un devoir d’exemplarité, a rappelé le nouveau sélectionneur Didier Deschamps lors de sa nomination en juillet. Je veux un état d’esprit irréprochable. » « Kaiser Franck » est prévenu. L’opération com’ ne fait que commencer…

Photo : DR - Article publié le 19 décembre 2012

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