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Domenech : « Je ne fonctionne pas avec un plan de carrière »

Sélectionneur de l’équipe de France entre 2004 et 2010, Raymond Domenech est aujourd’hui consultant pour Europe 1 et Ma Chaîne Sport. Si son nom est parfois accolé à certains projets sportifs, le Lyonnais se concentre aujourd’hui sur ce rôle de consultant qui lui plaît tant, débuté il y a presque 20 ans, de l’autre côté de l’Atlantique, lors du Mondial 1994. Il revient avec nous sur l’actualité du football. Tour d’horizon.

Raymond, vous êtes analyste sportif depuis quelques semaines sur Europe 1. Pour quelles raisons avez-vous accepté cette proposition ?

Car j’ai toujours apprécié être consultant. Je renoue avec un métier que j’ai exercé il y a bien longtemps chez TPS et France 2. Ce qui m’a permis de commenter la Coupe du monde 1994 aux États-Unis et l’Euro 96 en Angleterre notamment. J’aime bien ce métier. J’essaye d’être objectif sur le décryptage d’un match, je décortique l’actualité tout en essayant d’être pédagogue. Il faut aussi savoir expliquer plutôt que critiquer. J’essaie de ne pas être trop critique mais plutôt d’expliquer ce qu’ils sont en train de faire, ce que j’aurais pu faire à leur place ou justifier telle ou telle décision. Je discute beaucoup avec les entraîneurs pour savoir comment ils fonctionnent. C’est important pour expliquer le football

Y a-t-il encore des personnes qui vous parlent de la Coupe du Monde 2010 ?

Bien sur et c’est normal. Ce sera toujours dans les mémoires mais on me parle surtout des joueurs qui sont encore là aujourd’hui. Il faut laisser l’équipe de France vivre sa vie, il y a d’autres étapes, d’autres joueurs et d’autres sélectionneurs… et une grande compétition qui l’attend. C’est surtout ça le plus important à propos de l’équipe de France. Pas le passé. Il faut passer à autre chose.

Vous verra-t-on de nouveau sur un banc de touche ?

Je n’ai jamais fonctionné avec un plan de carrière. Pour le moment, j’ai fait un petit break, j’ai écrit le livre* et je suis passé à autre chose. Je fais des commentaires de matchs, des interventions sur Europe 1… L’avenir est pour le moment dans ce que je suis en train de faire. Peut-être un jour il y aura une proposition intéressante et je serais en situation pour l’accepter. Mais à l’heure actuelle, pas encore.

Qu’avez-vous pensé de la double confrontation entre la France et l’Ukraine en barrage qualificatif pour la Coupe du Monde 2014 ?

Le match aller était un non-match, un match sans âme où les joueurs ont été complètement absents dans les duels, dans l’envie, mais tout le monde l’a reconnu, même les joueurs. Je ne parle même pas d’organisation, les joueurs ont leur responsabilité totale sur ce match aller à Kiev, sur cette suffisance par rapport à l’adversaire. Et le match retour est celui des joueurs de haut niveau, qui ont eu de l’orgueil, de l’envie et qui ont eu tellement peur de justifier tout ce qu’on a pu dire sur eux pendant trois jours qu’ils ont montré autre chose. C’est le ressort psychologique qu’ils se sont mis en place. On n’est pas moins bons ou meilleurs d’un match à l’autre. On est, dans la tête, prêts ou non pour les grands matchs. Et pour le retour, ils étaient prêts.

Que peut-on espérer de l’équipe de France lors de ce Mondial ?

Je vais faire une lapalissade, ils peuvent aller le plus loin possible. 2014 compte, évidemment, mais il y a l’Euro 2016 derrière, en France. L’idée, c’est de se dire aussi que toute l’expérience qu’ils vont vivre au Brésil, ce sera un acquis pour 2016 car on n’aura plus de matchs officiels après. On devra se contenter d’amicaux. Cette Coupe du Monde va servir à se mettre en place et à grandir pour être performant à l’Euro 2016.

Quels sont vos favoris pour ce Mondial brésilien ?

Comme tout le monde à mon avis. Les Brésiliens car ils jouent à domicile et qu’ils ont gagné la Coupe des Confédérations l’année dernière. Ils ont montré une force importante. Après, il y a les autres concurrents en fonction de la forme du moment, comme l’Allemagne, l’Italie par exemple.

Un outsider peut-il tirer son épingle du jeu ?

Surprendre le Brésil sera compliqué. Peut-être les Pays-Bas sur un match euphorique peuvent faire quelque chose, les Allemands à la rigueur… Je ne vois pas bien les Espagnols sur cette année, j’espère me tromper. On peut également penser à l’Italie si Mario Balotelli est miraculeux et qu’il se rappelle qu’il joue une Coupe du Monde. Ce sont les mêmes que d’habitude, dans le carré des 8, on a toujours les mêmes. À une exception près, et j’espère que cette année, ce sera la France.

Le titre mondial des U20 et la finale U19 en championnat d’Europe cet été sont-ils un gage d’optimisme pour le futur de l’équipe de France ?

Oui, c’est une vraie progression. Je suis optimiste si ces jeunes-là prennent le pli de ceux de la génération qui a grandi à partir de 1996 avec Aimé Jacquet pour aller jusqu’à 2000. Si leurs modèles, ils sont là, alors oui, on peut être optimiste quant à l’avenir de l’équipe de France. Ils ont du talent, ils partent sur des bases intéressantes, c’est une génération qui peut montrer quelque chose à condition d’avoir une conscience de ce qu’ils sont, ce qu’ils font et pourquoi ils sont là.

Quel regard portez-vous sur la Ligue 1 aujourd’hui ?

La Ligue 1 va mieux quand on regarde les matchs de Champion’s League du Paris Saint-Germain. On se dit que c’est bien d’avoir un club qui se comporte comme ça en Coupe d’Europe, et c’est une vraie locomotive pour l’image du football français dans le monde, de la Ligue 1 en France. Quand le PSG se déplace à l’extérieur, les stades sont pleins, et on a envie qu’il y ait 2-3 équipes de plus avec des investisseurs derrière pour qu’il se passe la même chose qu’à Paris et à Monaco. Et développer complètement l’image du football français.

Est-on obligé d’attendre d’autres investisseurs étrangers pour faire grandir la Ligue 1 ?

Oui, c’est presque dommage que des entreprises françaises comme Total n’investissent pas dans un club, ou d’autres qui travaillent dans l’exportation et qui ont un rayonnement international et qui pourraient investir dans des clubs. Dommage qu’il faille attendre des étrangers pour le faire car on peut aussi le faire en France.

Que pensez-vous de l’OL en tant que Lyonnais de naissance et de cœur ?

Il ressemble un peu à l’équipe de France. C’est une reconstruction après une époque glorieuse et ces sept titres de champion et les épopées en Coupe d’Europe. Après cette décennie exceptionnelle, il y a eu un creux et ils l’ont bien géré car ils ont continué la formation. De plus, ils vont avoir un stade dans lequel ils pourront faire ce qu’ils veulent, avec des recettes supplémentaires pour pouvoir rivaliser en Europe. Les débuts peuvent être difficiles mais les jeunes sont en train de grandir, et ils retrouveront les moyens de recruter ou de garder leurs bons joueurs. Le cycle peut se refaire. Lyon a une capacité de spectateur énorme car c’est une grande ville avec beaucoup de supporters. C’est un nouveau bon départ pour l’Olympique Lyonnais.

Vous souvenez-vous de votre dernier passage en Moselle avec l’équipe de France, c’était face à la Hongrie, au Stade Saint-Symphorien, en mai 2005, où vous aviez été bousculé par des supporters qui vous reprochaient le fait de ne pas avoir sélectionné Robert Pirès ?

Je me souviens que ce jour-là, on avait un côté gauche exceptionnel. Il y avait Jérôme Rothen, Éric Abidal et Florent Malouda, avec l’apport de Vikash Dhorasoo. Je me souviens que ce côté gauche avait été la réussite de ce match-là. Mon objectif, à cette époque, était de trouver des joueurs qui pourraient faire fonctionner cette équipe le mieux possible. Ce que pouvaient dire les 60 millions de sélectionneurs n’était pas le plus important. J’ai toujours fait l’équipe pour l’équipe, pas pour les gens.

Photo : DR - Article publié le 3 mars 2014

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