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Bruno Bini : « J’ai le coq dans la poitrine »

De passage à Metz pour une conférence organisée par la Ligue Lorraine de football et le district mosellan, le sélectionneur de l’équipe de France féminines a fait un arrêt par Moselle Sport. L’occasion pour Bruno Bini de revenir sur les performances des Bleues de ces trois dernières années avant de se projeter vers le prochain Euro qui aura lieu en juillet prochain, en Suède. Entretien.

Bruno, ce que les gens ne savent peut-être pas, c’est que vous avez porté le maillot de l’AS Nancy-Lorraine aux côtés de Michel Platini en 1974. Quels souvenirs gardez-vous de votre passage en Lorraine ?

Ce sont de supers souvenirs. J’étais en formation car j’avais 18 ans et j’arrivais d’Aix. Je me souviens être resté que deux mois en forêt de Haye avant d’aller habiter, avec les plus vieux des jeunes du centre de formation nancéien, à Saint-Max, dans la maison d’Aldo Platini avec Michel évidemment et Hervé Mariot. J’ai fait globalement une petite carrière de joueur professionnel, avec quelques matches en D2 à Tours puis en D3 à l’Arago d’Orléans avant de reprendre mes études.

La vocation d’entraîneur est venue rapidement ?

Oui. Quand j’étais au lycée, tous les jeudis matin, j’avais une autorisation spéciale de sortie pour aller à l’école de foot à Gap pour me former au métier d’entraîneur. C’est le partage qui me plaît le plus dans ce métier. Je crois que j’ai beaucoup de défaut mais j’ai au moins une qualité, c’est celle du partage.

Peut-on dire que vous aviez une prédisposition particulière pour le football féminin ?

Pas du tout. Dès le départ, je ne me suis posé aucune question. Je m’occupe avant tout d’une équipe de haut niveau. Ou plutôt je m’occupe d’une équipe de foot dans laquelle jouent des filles.

Comment gérez-vous l’impact médiatique des filles ?

Je viens d’acheter le dernier France Football (numéro du 4 décembre, NDLR) et je vous invite à consulter la page 59 (il nous montre quatre lignes de résultats perdues au milieu de la page). Alors l’impact médiatique…

Néanmoins, on ne peut nier que leur parcours est impressionnant depuis trois ans. À quoi peut-on attribuer cette ascension ?

Il y a plusieurs facteurs à cette réussite. Tout d’abord, l’énorme travail de la Fédération en faveur des féminines est un élément à ne pas négliger. Les 4/5 de l’équipe ont fait leur formation à Clairefontaine. Et puis surtout, les 2/3 de la promotion de l’équipe première actuelle arrivent à maturité. Enfin, au fil des années, elle sont entrées dans la voie de la professionnalisation : par exemple, elles s’entraînent 6 fois par semaine au lieu de 4. Elles sont davantage concernées par le football.

Qu’en est-il de la génération à venir ?

Les moins de 17 ont été sacrées championnes du Monde et les moins de 19, championnes d’Europe. La relève est assurée.

Dans les deux dernières compétitions majeures, JO et Coupe du Monde, vous avez terminé deux fois à la 4e place et échoué aux portes de la finale. Comment peut-on l’expliquer ?

Par le manque d’expérience. Face à des équipes comme les Etats-Unis en Coupe du Monde ou comme l’Allemagne en championnat d’Europe, nous manquons de recul. Mais nous progressons. Il faut que l’on se persuade qu’on est aussi forts que les autres.

Si vous aviez le choix : remporter les JO ou soulever une Coupe du Monde ?

Une Coupe du Monde sans aucune hésitation car elle fait partie de la culture du football. Mais entre vice-champion du monde et une médaille de bronze aux JO, je pencherai volontiers pour une 3e place aux Olympiques.

Avez-vous d’ores et déjà un objectif affiché pour l’Euro 2013 qui se déroulera en Suède ?

Je le définirai, une fois que nous serons en Suède avec les filles. Difficile de savoir où nous en serons à ce moment-là. Lors du match contre l’Allemagne, nous nous étions fait surprendre notamment en raison des blessures des cadres incontournables (Gaëtane Thiney, Élise Bussaglia). Puis, le championnat d’Europe est très relevé. Plus difficile que la Coupe du Monde. Pour terminer, nous avons changé de statut. Nous sommes passés de celui d’outsiders à challengers avant de devenir des favoris.

Qu’est-ce qui a fondamentalement changé depuis votre mise en lumière grâce aux bons résultats ?

Déjà, j’ai changé de statut avec l’équipe. Avant je dépendais du DTN et l’équipe était rattachée à la Ligue fédérale amateur et depuis la Coupe du Monde, l’équipe et moi dépendons directement du président de la Fédération française de football, Noël Le Graët. Comme l’équipe de France A masculines. Ca me facilite la vie et c’est plus confortable. Je fais aussi plus de conférences dans les districts, comme ici à Metz, et cette mission me plaît car je vous l’ai dit, le partage, c’est important.

Et chez vos joueuses ?

Je ne vais pas vous livrer un secret mais c’est toujours plus facile de partager les galères que les réussites. Chez les filles comme chez les garçons, il y a des égos qui ont un peu enflé. Mais bon, on fait tout pour que cela ne dépasse pas les bornes. Mais elles savent de toute façon que l’équipe sera toujours plus importante pour moi que les cas personnels. Après, je ne dis pas que j’ai raison mais c’est comme ça que je travaille.

Les résultats de Lyon, champion de France et champion d’Europe, couplés à l’investissement des Qataris dans les féminines du Paris Saint-Germain, cela doit vous faire plaisir je suppose, non ? Vos joueuses vous demande-t-elle d’ailleurs conseil pour un choix de clubs ?

Oui, ce que fait le PSG est super pour faire grandir le football féminin hexagonal. En plus, les Qataris ne font pas les fous, ils font ça intelligemment. Le jour où il y aura huit à dix clubs dans la même situation, ça tirera tout le monde vers le haut. C’est intéressant. Quand une joueuse vient me demander conseil sur un choix de carrière, je leur dis que même pas à ma fille je le ferais. C’est un choix trop personnel pour que je puisse émettre un avis. C’est leur vie et elles doivent choisir elles-mêmes leur plan de carrière pour s’épanouir au mieux.

Des articles de presse de certains de nos confrères ont fait état de méthodes particulières de management. Comme le fait de tenir un journal que vous écrivez la nuit et que vous soumettez le matin aux filles. Est-ce vrai ?

Tout à fait vrai. J’y inscris le programme de la journée, fait état de la météo mais aussi du temps qu’il a fait dans la sélection (sourire). Il m’arrive aussi de leur faire découvrir des textes, des poèmes car je suis un amoureux des mots. J’ai tendance à dire qu’un projet de vie est bien plus important que le projet de jeu. Les événements de ces deux dernières années me laissent à penser que je n’ai pas tort. Je n’ai aucune certitude mais pas mal de convictions !

Dernièrement, vous avez fait l’objet d’une diatribe assez violente d’un journaliste du JDD. Un article mettant en cause vos méthodes de management. Qu’avez-vous à dire ?

Qu’il faut savoir prendre de la hauteur par rapport à la critique. Car en lisant le papier, on peut facilement penser au suicide. Jean Cocteau disait que « le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin ». Je ne m’étendrai pas sur le sujet.

La place est libre chez les Espoirs. Si on vous proposait ce poste, que diriez-vous ?

Je refuserais car je suis quelqu’un qui défend des valeurs. Lors de mon entretien avec le président Le Graët après la Coupe du Monde, on s’est entendus sur un contrat de deux ans plus deux ans si on se qualifiait. Je suis sous contrat jusqu’en 2015 et je compte aller jusqu’au bout sauf si la Fédé me dit au revoir avant. J’ai déjà eu la possibilité d’aller ailleurs où l’on me proposait un salaire six fois supérieur au mien, et j’ai poliment refusé. L’important, c’est le respect des valeurs. Ca me fait rigoler quand je vois un joueur changer plusieurs fois de clubs en un an et qui embrasse l’écusson du club à la première occasion. Moi, j’ai le coq dans la poitrine.

Photo : DR - Article publié le 19 février 2013

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