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Sport : Et les femmes dans tout ça ?

Dans le cadre de la deuxième édition des « 24h du sport féminin » initiée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et le ministère de la Jeunesse et des Sports,  les médias ont participé en début d’année à la promotion du sport féminin tout au long d’une journée exceptionnelle, en retransmettant des matchs, invitant des sportives dans leurs émissions spéciales ou encore en leur consacrant des reportages. Le but ? Sensibiliser le grand public au sport féminin.

Le sport masculin conserve sa suprématie diplomatique. C’est un constat, même si la part de diffusion accordée au sport féminin a doublé en passant de 7 % en 2012 à 15 % en 2014. Une progression certes mais pas assez significative pour être sur le devant de la scène. Anne Neu, volleyeuse et ex-joueuse du TFOC et actrice depuis quelques années déjà au service des sports dans la mairie de Terville, livre un début de réponse : « Il y a un manque de popularité et d’attention de la part des médias, le sport a des enjeux basés sur le financier : le masculin rapporte plus. Du côté féminin, pour être plus visible, il faut faire des exploits, faire le buzz, ce qui explique qu’il y ait moins d’engouement, malgré de belles aventures. »  De belles aventures qui intéressent davantage les médias et le public. Un mince lot de consolation même si on se souvient du beau parcours de l’équipe de France féminine de rugby. Les Bleues étaient montées sur la 3e marche du podium à la Coupe du Monde féminine de rugby en 2014, réunissant de nombreux téléspectateurs, un record d’audimat jamais égalé pour un match féminin, avec 1,5 million de téléspectateurs soit 7,4 % de part de marché.

« Avancer pas à pas vers une parité dans la médiatisation du sport féminin»

Cette journée est basée sur le concept évènementiel. Cependant un événement, de par sa définition, se déroule sur une période éphémère et garde son caractère exceptionnel. Bien que l’initiative des « 24 heures du sport féminin » soit félicitée et encouragée, les sportives restent, en majorité, lucides sur les effets moindres qu’elle produit sur le long terme, à l’instar d’Anne Neu. « Cette journée s’inscrit dans une progression et constitue un moyen d’avancer pas à pas vers une parité dans la diffusion et la médiatisation du sport féminin. Mais elle n’est pas suffisante. Il faut moderniser le sport féminin. Cette journée permet une meilleure visibilité et a un impact quant aux futures participantes, tout est une question de stratégie de communication. » Pour Estelle Vogein, ex-internationale et aujourd’hui responsable de la communication et du marketing de Metz Handball, il faut davantage se centrer sur le local : «  C’est un premier pas, c’est sûr. On essaye de diffuser proportionnellement les matchs intéressants, mais ça serait bien qu’on puisse les retranscrire sur les télés locales. » 

La Moselle, des efforts réels mais insuffisants

Pour Anne Neu, il y a une réelle évolution dans l’implication du département pour la popularisation du sport féminin : « Il y a une réelle dynamique pour la mise en avant du sport féminin et de la place de la femme dans le sport. Mais cette implication varie selon la nature du sport. » En effet, selon elle, pour sa discipline, le contexte n’évolue pas assez : « Factuellement,  le volley féminin est l’un des rares sports collectifs qui n’a pas obtenu de reconnaissance nationale. La région ne se tourne pas assez vers la section féminine. Pour une promotion d’ampleur de celle-ci, il faudrait injecter des moyens supplémentaires. » Toujours selon l’ancienne libéro du TFOC, aujourd’hui joueuse de l’ES Hagondange, il faut mobiliser du monde autour d’une dynamique d’enjeux événementiels. Ainsi, l’explication au manque de médiatisation du sport féminin serait l’absence de soutien financier, bien inférieur à celui injecté dans le sport masculin mais aussi un problème de choix dans la stratégie visant à accroître cette couverture médiatique. Au niveau de la région, la volonté de mettre en avant, de façon plus large, les sections féminines, s’articule majoritairement autour de l’apport de soutien aux équipes féminines et de manifestations officielles mettant en lumière la place de la femme dans le sport.

La question de la place de la femme dans le sport

Certains réduisent le sport féminin à l’esthétique, voyant davantage la femme que la sportive. Mais c’est là l’essence même du statut de sportive. Elle a plusieurs casquettes. « Les femmes sont tout aussi méritantes tant dans l’effort et dans l’engagement, devant faire parfois quelques sacrifices. En tant que sportive, on a plusieurs vies dans une, celle de sportive mais aussi parfois de professionnelle puisqu’on doit assurer en parallèle notre carrière et pour certaines, celle de maman. » Pour la volleyeuse de 34 ans, toutes ses facettes constituent la sportive : « Bref, nous sommes sportives (sourire). »  Certes, la physiologie féminine rend, sous quelques aspects, le sport féminin différent du masculin mais tout aussi intéressant selon Anne Neu : « Il y a tout d’abord une différence physique du côté de la vitesse de jeu et de la puissance chez les hommes. Chez les filles, on peut observer plus de finesse et de technicité. »

 

Autre réalité : les femmes sont beaucoup moins représentées dans les postes de direction du sport. Pour les postes de sélectionneurs et entraîneurs, 95 % des personnes nommées sont des hommes, c’est notamment le cas pour le volley ou le handball. Seules deux femmes occupent un poste à haute responsabilité dans cette filière du sport : Magalie Magail, qui est l’entraîneur de l’équipe de Mulhouse – récemment nommée à la tête de l’équipe de France – ainsi qu’Annie Courtade, directrice du Racing Club de Cannes qui a su hisser son club au plus haut niveau européen. Pour Estelle Vogein cela peut s’expliquer par le caractère plus prononcé des hommes : « Il est difficile de gérer une équipe de femmes, et les hommes ont peut-être plus de poigne pour le faire. » 

3 questions à

Françoise Bataillon, directrice générale adjointe de la jeunesse et des sports du conseil départemental de la Moselle

Comment expliquez vous la sous-médiatisation du sport féminin ? Est-ce plutôt une question de mœurs ou de manque d’intérêt ?

Il s’agit d’une question d’organisation du sport en France et du pouvoir statutaire féminin. Ce n’est pas une question de manque d’intérêt mais de culture. La culture de la performance en France est ainsi et c’est à revoir. En Angleterre ou dans les pays de l’Europe de l’Est, il n’y a pas cette culture de la performance, de la puissance physique plus importante chez les hommes.

 

Les femmes sont largement sous-représentées aux postes de direction dans le sport masculin et féminin confondus. Ainsi, êtes-vous pour l’obligation légale de la parité hommes-femmes ou de proportionnalité par rapport aux licenciées féminines à ces postes ?

Je ne suis pas pour l’obligation légale de la parité, mais pour privilégier la valeur et la qualité que ce soit chez les hommes ou les femmes. Le seul principe valable doit être l’égalité des chances mais il n’y a pas besoin d’instaurer une parité. J’ai vu dans mon expérience personnelle de très bons dirigeants masculins être évincés par souci de parité : ce n’est pas la bonne solution, il faut valoriser le principe de compétences.

 

De quelle manière le CG de Moselle a-t-il participé à cette journée ? Quels moyens ont été mis en place pour populariser le sport féminin et accroître sa médiatisation ?

De notre côté, on a une action qui est plus basée sur le long terme justement, on opère avec une qualité de traitement, un soutien financier et ce ,pour toutes les catégories de population du sport que ce soit pour le sport masculin-féminin, ou pour l’handisport. On ne fait pas de différence y compris dans la promotion, on privilégie l’égalité de traitement et d’accès au sport pour tous en soutenant les associations et le sport de haut niveau. C’est en cela que l’on est en avance sur le soutien à la pratique féminine, on la traite de la même manière que la masculine.

Photo : DR - Article publié le 18 mai 2015

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