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Philippe Bonneau : Marcheur de l’ombre

Il aura fallu du football, de la boxe et du triathlon pour arriver à la marche athlétique. Philippe Bonneau a su manier habilement les genres pour être aujourd’hui l’un de nos meilleurs représentants français de la marche athlétique à l’international. Rencontre.

« Le triathlon comme la marche ne sont pas des disciplines reconnues et médiatisées. On ne le fait pas pour l’argent. » Philippe Bonneau, 49 ans, est un passionné. Cet ancien footballeur (il a joué au RS Magny), boxeur (10 combats à son actif) et triathlète (champion de Lorraine sur distance olympique en 1996) est aujourd’hui l’un des tout meilleurs marcheurs athlétiques du circuit international. 7 fois champion de France Vétéran indoor et outdoor, champion d’Europe Vétéran 30 km en 2011 et médaille d’or aux Masters Games* sur 10 km à Turin en 2013, Philippe Bonneau a parfaitement négocié sa reconversion dans la marche athlétique, « une discipline qui demande aussi bien une préparation physiologique que physique. » L’histoire avec la marche athlétique commence un peu par hasard. « À l’époque, j’étais licencié à A2M. Roland Simonet, le coach m’a dit qu’il me verrait bien essayer la marche. Je l’ai fait pour rendre service. » Au bout de quatre compétitions sur route, Philippe accroche un chrono de 23’10 sur 5 000 m. Un temps plus qu’honorable qui lui permet de devenir très rapidement champion de Moselle à Talange. « J’ai réussi à descendre sous la barre des 23’ jusqu’à atteindre 21″51 sur la distance, mon meilleur chrono à ce jour. » Des chronos qu’il a réussi à faire tomber en région (record de Lorraine Vétéran sur 10 000 m en 45’04″ et sur 20 000 m en 1h35’48″) et au niveau national (record de France Vétéran du 30 000 m en 2h30’54″). Un palmarès impressionnant qui n’a pourtant aucune incidence dans les médias. Car Philippe Bonneau y est désespérément absent. À son grand regret. « Je ne cherche pas la notoriété à tout prix. Mais je trouve dommage qu’une discipline comme la marche athlétique ne soit pas plus mise à l’honneur. J’ai tout de même gagné l’équivalent des jeux olympiques de marche et je suis Mosellan. » Mosellan certes mais expatrié. Exilé même pourrait-on dire dans un autre club. À Antony dans le département des Hauts-de-Seine (92).

« C’est vrai, je souhaiterai revenir »

De son aveu même, Philippe Bonneau a « la tête dure » et un caractère bien trempé. Ce qui lui a causé parfois quelques désagréments. « Comme ça ne marchait pas comme je le souhaitais lorsque j’étais licencié à Metz, j’avais décidé de tout arrêter. Jusqu’à ce qu’un ami, sociétaire du club d’Antony, ne m’enrôle. Je suis donc parti sous d’autres cieux. » Le club parisien règle alors les droits de mutation à son homologue messin pour s’adjoindre les services de l’athlète mosellan. « Ils ont tout de suite vu l’intérêt que pouvait avoir le fait de disposer d’un marcheur athlétique dans leurs rangs. Aux interclubs qui décident de la montée ou de la descente d’un club, ça compte ! » Mais aujourd’hui, Philippe a le mal du pays. « C’est vrai, je souhaiterai revenir. Idéalement à Metz puisque je suis résident dans le secteur. Mais un autre club, l’Assa Sarreguemines, est aussi intéressant. L’avenir nous le dira. » En attendant, Philippe peut toujours compter sur le soutien de Jean-Luc Bramas, le président directeur général du centre E. Leclerc d’Hauconcourt. « Grâce à lui, j’ai la possibilité de m’aligner sur des compétitions importantes comme les championnats du monde de Budapest en salle Vétéran du 25 au 30 mars dernier et auxquels j’ai bien failli ne pas participer. » En effet, s’étant blessé le 5 mars à l’ischio-jambier gauche, le Mosellan a trouvé les ressources pour s’aligner sur le 3 000 en salle et 10 km sur route. « Je sors 13″10 en chrono – ma meilleure performance sur la même distance était de 13″11 à Gand – et je finis 3e juste devant un Ukrainien. » Ce dernier lui ayant donné énormément de fil à retordre jusqu’aux 6 derniers mètres où Philippe se paya le luxe de le doubler. « Une victoire importante pour moi qui prouve qu’en étant « propre » (comprendre sans dopage, NDLR), on peut toujours gagner. Même à 49 ans. »

Photo : DR - Article publié le 30 juillet 2014

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