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Les blessures chez l’athlète

Une majorité d’athlètes qui font de l’athlétisme se blessent, les études sur ce point sont unanimes et précises ; on considère comme blessure un arrêt de deux semaines qui concerne 60 % des athlètes ; un arrêt de moins d’une semaine concerne 80% des athlètes.

Les blessures peuvent, on l’a vu pour Bouabdellah Tahri, durer bien plus longtemps ; la moyenne  statistique observée est autour de 10 semaines d’arrêt avec des écarts types importants.

Le marathonien qui pose 26 500 fois son pied au sol avec un impact deux à trois fois égal au poids de son corps, et qui fait du biquotidien ou du quotidien doit limiter ses participations et il a intérêt à faire du cross training ( vélo ou natation) pour limiter les blessures. Mais en respectant les principes du cross training, qui exige de courir plus que de pédaler ou nager, surtout à l’approche des compets importantes.

Le hurdler qui se prend sept fois et demie son poids de corps à la réception court plus de risque que le sprinter ; les études montrent donc que ce sont les disciplines pratiquées et le niveau de pratique qui engendrent des blessures ; le nombre de compétitions dans l’année n’est pas lui corrélé à la fréquence des blessures. Les blessures ne sont pas non plus corrélées à la méthodologie de l’entraîneur alors que cette idée est très répandue dans le milieu athlétique.

L’âge en revanche est un facteur de blessure donc le trentenaire, le senior, se blessent plus que l’espoir. On se blesse moins loin des compétitions qu’à l’approche de celles-ci ou en compét’  alors que l’on s’entraîne plus en période de développement.

Deux explications possibles, physiologique (on va plus vite donc on sollicite plus tendons et muscles) et psychologique (les enjeux fragilisent certains organismes et la blessure peut être un moyen de fuir les enjeux). Les sprinters sauteurs se blessent musculairement souffrent du rachis, les quarter milers se blessent aux tendons.

Les ischios sont les plus touchés en sprint haies, presque deux fois plus que les muscles des chevilles ou de la hanche (pubalgies et hernies). Les fractures de fatigue, pas toutes dues au surentraînement, sont en diminution alors que les problèmes d’aponévrose sont en augmentation.

Causes et remèdes

La blessure est un signal que le coach doit voir, que l’athlète doit révéler au coach. Elle ne doit pas être dramatisée sauf si elle est répétitive. La blessure se soigne mais si les jours de soins et d’arrêt sont plus nombreux que les jours d’entraînement, l’athlète doit accepter une limite à ses ambitions. Si les soins sont inopérants, le nomadisme médical n’est pas une solution, mais il ne faut pas non plus se contenter d’un seul diagnostic.

Continuer à s’entraîner et soigner le mal par le mal quand on est blessé est une solution à éviter sauf pour les athlètes qui font des perfs blessés, et qui ont un besoin psychique d’être blessés ou qui préfèrent être blessés et contre-performants qu’inactifs (de nombreux témoignages publiés par des athlètes le confirment,  mais… après carrière,  comme celui de la hurdleuse Maryse Evanjé-Epée ou du crossman Bertrand Fréchard).

Les nutritionnistes, les équipementiers, les entraîneurs, les médecins, les psychologues du sport, lesc chercheurs en laboratoire, ont tous des explications différentes complémentaires ou paradoxales ou contradictoires… alors comment faire quand on est coach ?

Je livre à partir d’ici des réflexions personnelles donc très contestables

Parfois, je n’ai pas trouvé de solution ni médicale ni psychologique ; des athlètes du clan se blessent et n’atteignent pas leur intervalle de confiance, y compris en rendant visite à des médecins et des psys réputés. Imaad Hallay est passé des entorses aux tendinites et autres pathologies musculaires et articulaires, du pied au rachis. Laurent Claudel a été blessé une grande partie de la saison espoir 2 , puis encore à partir de 24-25 ans.

La blessure fait partie de l’athlétisme, les études le démontrent scientifiquement.

Mais il y a aussi des solutions techniques

La surdose très progressive, voire le sous entraînement initial chez les jeunes avant 23 ans (Imaad Hallay en est un exemple) n’interdit rien. La course en nature dans la forêt de Pulnoy ou de Queuleu, longue et lente à 70% de VMA parfois moins, est une précaution utile pour supporter les charges d’entraînement et réduire les blessures, mais il faut le désir de coach pour convaincre un sprinter qui est psychiquement et physiologiquement réfractaire aux efforts lents et longs.

Le travail de respiration, de relaxation, de mentalisation favorisent la capillarisation donc la vascularisation des muscles, avec un double profit énergétique et préventif  puisque favorable à la fourniture d’oxygène et l’élimination des déchets. Mais tous les athlètes n’acceptent pas ce travail qui exige une concentration et une capacité de centrage faisant appel à des aptitudes non motrices.

Le travail d’accompagnement psy, de fixation d’objectifs réalistes et lointains, diminue le mauvais stress  lié à l’urgence du temps qui peut générer des blessures. L’élaboration d’un projet  universitaire et ou professionnel aide aussi beaucoup à prévenir certaines tensions psychiques qui peuvent avoir des répercussions somatiques .

Patrice Ragni

Photo : DR - Article publié le 4 janvier 2013

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