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Kanto : « Notre saison est vraiment réussie »

On avait quitté Nina Kanto effondrée au bord du terrain après la terrible désillusion de la finale de la Coupe EHF face à Holstebro. Quelques semaines plus tard et un doublé coupe-championnat en poche, on a retrouvé la capitaine messine avec le sourire afin de faire le bilan d’une saison riche en rebondissements et en enseignements. Entretien avant une saison riche.

Nina, après cette très longue saison avec Metz et les Bleues, comment vous sentez-vous ?

Physiquement, c’est le burn out (rires). Cela fait très longtemps que je m’étais pas sentie aussi mal aussi bien physiquement que mentalement… heureuse mais marquée par cette longue saison. Après la victoire en coupe de France contre Dijon, j’ai pleuré de joie mais aussi de souffrance car mon corps tout entier a souffert cette année, et j’ai rarement craqué comme ça. C’est la première fois que j’enchaîne une année post olympique avec trois finales derrière. Habituellement, on finit début mai. Et avec ce système de play-offs et ces finales, cette saison a été plus longue que jamais.

La page finale de coupe d’Europe est-elle tournée après ce titre de champion de France et cette Coupe de France ?

Je pense qu’elle ne sera jamais complètement tournée car je suis celles qui pensent qu’il faut saisir les opportunités quand elles se présentent. C’est un peu rageant et c’est un mélange de déception et de colère. Après, je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensaient qu’on avait déjà gagné le match avant de jouer le retour. Tout le monde nous voyait gagnantes sauf nous. On avait super peur car on était conscientes d’avoir fait un très gros match au Danemark et que le retour serait une autre affaire. Sans parler de la dimension émotionnelle avec nos proches présents dans les tribunes…

A contrario, la saison régulière s’est passée sans encombres (16 victoires, 1 nul et 1 défaite) malgré ce premier petit séisme lors de votre première défaite de la saison au Havre. Pourquoi ce match a-t-il suscité tant de réactions ?

Parce qu’on attendait de nous que l’on gagne tous les matches peut-être mais aussi car on savait qu’on ne nous louperait pas au premier faux-pas. Il faut rappeler que ce match s’est joué après un rassemblement avec les Bleus et que les conditions n’étaient pas réunies pour bien préparer ce match. Le président Weizman a tapé du poing sur la table car c’est son rôle mais cette défaite ne nous a pas démontés outre mesure. Et puis, parfois, cela fait du bien de perdre. C’est un mal pour un bien.

Les play-offs ont accouché d’un résultat favorable qui vous offre le 18e titre de champion de France pour le club. Pourtant, à l’extérieur à Issy-Paris et à Fleury, on vous a senti fébriles. Quelles en sont les raisons ?

Les deux matches à l’extérieur de ces play-offs étaient mal placés sur le calendrier. On joue Issy-Paris quelques jours après la demi-finale de Coupe de France face au Havre et on va à Fleury trois jours après la défaite en finale de la Coupe EHF. Nous sommes des êtres humains, on ne peut pas jouer tous les trois jours des matches si importants. C’est compliqué.

La défaite en finale de la Coupe d’Europe après un match aller parfait vous a-t-elle fragilisé avant la finale du Championnat ?

Franchement, nous sommes arrivées à Fleury dans des conditions compliquées. On venait de vivre un moment très difficile moralement et sportivement et, de plus, on était sans « Kiki » et « Svet » (Liscevic et Ognjenovic, NDLR) blessées… donc on était très stressées. Mais on joue bien pendant 55 minutes… et puis il y a les 5 dernières minutes. On s’est remobilisées pour ce match mais on a péché par fatigue… et aussi car Fleury a fait un grand match. Mais au final, on a réalisé une saison magnifique ponctuée de deux titres. On a fait une grande saison, on peut être fières.

Revenons justement sur cette finale. Comment peut-on expliquer ce match retour perdu après une victoire extraordinaire à Holstebro ?

Déjà parce qu’il a fallu faire un match extraordinaire à Holstebro mais aussi car on n’a pas su maîtriser l’environnement autour de ce match retour. On n’a pas su protéger le groupe, pas su rester dans notre bulle et avec la présence des familles, la pression était encore plus forte. L’enjeu a pris le dessus sur le jeu. Et paradoxalement, je pense que si on avait gagné la coupe d’Europe, je ne pense pas qu’on aurait gagné le titre de champion… Parce que lorsque tu te dis que tu as gagné quelque chose de gros, inconsciemment, tu te relâches car tu penses avoir fait le plus dur. Et ça aurait pu se produire.

Malgré les départs de joueuses importantes comme Amandine Leynaud, Allison Pineau ou Claudine Mendy, estimez-vous que Metz est aussi fort que l’an passé ?

Je pense que cette équipe est plus forte que celle de l’an dernier. Car, cette saison, le danger vient de partout, c’est une vraie équipe. L’an passé, notre jeu était basé sur les individualités qui composaient l’équipe. Cette année, on était beaucoup plus complètes.

9e du dernier Euro avec les Bleues cet hiver en Serbie, comment avez-vous vécu cette désillusion ?

On a fini 9e !!! (rires) Les précédentes Golden League nous avait prouvées que nous n’étions pas prêtes à remporter ce titre européen. L’Euro est arrivé trop vite, sans avoir le temps de digérer les Jeux olympiques de Londres. Beaucoup de choses peuvent expliquer cette contre-performance, le manque de temps pour les préparer, le fait que des joueuses cadres découvraient l’étranger et que les automatismes que tu avais en club en France, tu les perds du jour au lendemain. Je pense aussi qu’on est arrivés à l’Euro en « vrac » physiquement.

À bientôt 30 ans, comment voyez-vous votre avenir ?

Mon dernier rendez-vous international sera les Jeux olympiques de Rio, en 2016, si Dieu le veut. Je vais me battre jusqu’en 2016 pour pouvoir participer aux JO et ça me tient à cœur. Après, je ferais ces Jeux soit comme joueuse, soit comme consultante pour une grande chaîne (rires). Au niveau du club, je suis bien à Metz, j’ai créé ma boîte de communication, j’ai des projets avec Mirabelle TV donc je suis sereine pour mon avenir.

Photo : DR - Article publié le 31 juillet 2013

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