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Aljosa Asanovic, la gauche caviar

Incontestable talent de la grande époque de la Yougoslavie des années 90 avant son éclatement, Aljosa Asanovic, au même titre que Dragan Stojkovic, Robert Prosinecki ou Dejan Savicevic, est le symbole d’une génération dorée qui a enchanté bon nombre de formations européennes. Et Parmi elle, le FC Metz, en 1990.

Split. Grand port industriel et touristique de la côte dalmate et deuxième cité la plus peuplée de Croatie derrière Zagreb. Split est aussi et surtout l’heureuse propriétaire de l’un des bastions du football slave des années 70 et 80 : l’Hajduk (du mot « Haïdouk », littéralement « bandit » en croate). Club historique créé en 1911 à… Prague (!) par des étudiants croates basés en Tchécoslovaquie. Éternel rival de l’autre grand club de la région, le Dinamo Zagreb (qui porta le nom de Croatia Zagreb de 1993 à 2000), l’Hajduk Split est aussi une formidable école de football dont sont sortis bon nombre de futurs internationaux yougoslaves (puis croates à partir de 1992) : Robert Jarni, Slaven Bilic, Igor Tudor, Zlatko Vujovic, Ivica Surjak ou encore Alen Boksic. Parmi eux, Aliosja Asanovic, milieu de terrain gaucher, qui rejoint les « Bandits » de Split en 1976. À cette époque, Aljosa (francisé Aliosha ou Aliocha) a 11 ans et il n’imagine pas encore faire du football son futur métier. « Aljosa était un joueur timide mais très doué déjà lors de son arrivée au club, déclarait Tomislav Ivic, disparu en 2011, au quotidien sportif croate Sportske Novosti en 2000. Mais on a vite perçu en lui la possibilité de faire quelque chose à Split. » Très vite, Asanovic grille les étapes et se retrouve propulsé en équipe première à 17 ans avant de signer pro en 1984 et de connaître, la même année ses premières sélections espoirs et olympiques sous le maillot yougoslave.

« Il n’a pas fait d’effort pour s’intégrer à Metz » Carlo Molinari

 

Conseillé par l’un des contacts du président Carlo Molinari présent en Yougoslavie, Aljosa Asanovic signe un protocole d’accord avec le FC Metz en 1989, pendant son service militaire qu’il effectuait dans l’armée de l’air, à la base aérienne de Divulje, au nord de Split. « Il est arrivé aussitôt son service militaire terminé, lors de l’été 1990, se souvient Carlo Molinari, président du FC Metz à cette époque. C’était un garçon particulier en marge du groupe, qui ne faisait aucun effort pour s’intégrer mais dont les qualités de joueur étaient indéniables. » Aljosa Asanovic a alors 25 ans et rejoint au club un autre Yougoslave, le milieu de terrain monténégrin Dragoljub Brnovic, arrivé un an plus tôt. Son début de saison est prometteur puisque « Aliosha » marque de son empreinte la première journée de championnat en offrant l’égalisation à son équipe face à Lille (2-2). « Aljosa était un joueur de classe internationale comme nous en avons peu eu au club, se souvient Albert Cartier, coéquipier d’Asanovic en 1990-1991. Il avait une dimension internationale et était capable d’exploits techniques incroyables. D’ailleurs, lors d’un match amical, je me souviens qu’il était parti de nos 20 mètres, avait dribblé huit joueurs avant de marquer. On avait été scotché. »

« C’était un mec particulier » Bernard Zénier

Double buteur lors d’un 2-2 contre le Paris Saint-Germain au Stade Saint-Symphorien à la 10e journée, Asanovic fait une bonne saison sous le maillot grenat, bouclant sa saison avec 13 buts en 36 matches. Mais le meneur de jeu se voit très vite ailleurs. « Très influençable, Asanovic avait un conseiller qui lui avait proposé de quitter le club dès le mois de décembre. Il est resté jusqu’en juin mais je n’ai pas pu le retenir et il est parti à Cannes, souffle Carlo Molinari. Cannes lui a fait un pont d’or, mais il a vite déchanté car son fameux conseiller est parti avec la caisse quelques mois après son arrivée sur la Côte d’Azur. Ce fut pour lui un terrible échec. » Après un an à Cannes, Asanovic se relance durant deux saisons à Montpellier avant de retourner une saison à l’Hajduk Split, en 1994. « Aliosha était capable d’éliminer n’importe qui, rappelle Bernard Zénier, ex-coéquipier du milieu de terrain croate. Il avait un pied gauche magique et a d’ailleurs fait six très bons mois avec nous mais au moment de vouloir partir, il a été moins bien à partir de janvier 1991. Il avait un caractère particulier : il ne parlait pas un mot de français, partait très vite après l’entraînement et ne voulait pas participer à la vie de groupe. »

En effet, malgré un talent indéniable, « Vatreni Lakat » (« coude de feu », son surnom qu’il doit à sa manière de courir avec les coudes levés) fait le tour de l’Europe sans vraiment s’imposer, passant en Espagne (Valladolid), en Italie (Naples), en Angleterre (Derby County), en Autriche (Austria Vienne), en Grèce (Panathinaïkos) avant de finir sa carrière en 2002, dans son club formateur de l’Hajduk (avec une parenthèse… en Australie, à Sydney). Entre-temps, Aljosa Asanovic brille avec sa sélection croate (62 sélections, 3 buts), finissant troisième de la fameuse coupe du monde 1998 avec la génération dorée emmenée par Robert Prosinecki, Davor Suker et Slaven Bilic… Bilic, avec qui il travaille aujourd’hui en tant qu’adjoint au Lokomotiv Moscou (Russie) depuis mai dernier, après l’avoir été en équipe nationale croate de 2006 à 2012. « Ses choix de carrière sont à l’image du joueur qu’il était, instables. Son manque de personnalité lui a fait défaut. Il a été mal conseillé. Il méritait une plus grande carrière internationale », conclut Carlo Molinari. Un bon conseil vaut mieux que de le suivre.

Photo : DR - Article publié le 11 décembre 2012

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