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Kossi Agassa, trentaine rugissante

Arrivé tardivement en Europe, à 24 ans, Kossi Agassa a attendu d’avoir passé la trentaine pour exploser sur la scène hexagonale. Souvent cantonné à un rôle de doublure au FC Metz, le gardien international togolais a dû attendre sa troisième saison au Stade de Reims pour (enfin) éclore. Portrait d’un jeune premier de 35 ans.

Lomé. Ville de 840 000 habitants construite sur le littoral, face aux eaux bleues du golfe du Bénin, la capitale du Togo se situe à l’extrême sud-ouest du pays. Le club de la ville, l’Étoile Filante de Lomé, fut le premier champion national en 1961, trustant, au passage, six des huit premiers titres de champion du Togo. Si depuis, le club a retrouvé un certain anonymat (dernier titre de champion en 1992), il a vu éclore un grand adolescent, fan de football depuis son enfance. « J’ai commencé petit avec les autres enfants de mon quartier dans la rue, se souvient Kossi Agassa. Par la suite, j’ai rejoint mon premier vrai club, l’Étoile Filante de Lomé, avec une année en seconde division puis en première division durant trois saisons. » Gardien de but au potentiel certain, Kossi Agassa est repéré par un club historique du continent africain : Africa Sports National en Côte d’Ivoire. Ce club, 18 fois champion national, finaliste de la Ligue des Champions d’Afrique, est aussi et surtout une usine à talents : George Weah, Joseph-Antoine Bell ou Rashidi Yakini sont passés par Africa Sports. Un an à se frotter au haut niveau africain avant une signature à Metz, en 2002. « Je suis arrivé au Football Club de Metz où j’ai évolué durant quatre ans et où j’ai eu la chance de jouer aux côtés de mon ami Emmanuel Adebayor, commente le gardien international. J’ai passé quatre ans à Metz, presque sans jouer, alors que j’estimais avoir les qualités pour le faire. » À Metz, Jean Fernandez lui fait confiance et l’installe comme titulaire, en Ligue 2, lors de la saison 2002-2003. Après avoir joué les dix premières journées, Agassa disparaît du onze titulaire aux dépens de Ludovic Butelle et ne réapparaîtra qu’en mars 2003. 11 matches la saison suivante pour un bilan de 33 matches en quatre saisons à Metz. Pas une question de talent selon Jean Fernandez. « Les qualités ? Il les a toujours eues. Peut-être a-t-il fait des mauvais choix. » « Des mauvais choix ? Non, je ne regrette pas mon parcours, se défend le gardien rémois. Si je suis parti de Metz pour l’Espagne, c’était pour jouer. Je ne pouvais pas perdre mon temps à rester sur un banc. J’assume mes choix. »

87 % de tirs arrêtés en L1 !

Son impatience le mène à Alicante, en Liga espagnole, où son sort ne connaît meilleure tournure. « Quand je suis parti à Hercules, en Espagne, je me suis blessé à un genou et, à la fin, je n’étais plus payé. Ce ne fut pas une expérience inoubliable. » Souvent décrit comme un garçon agréable mais introverti, Kossi Agassa tente de se relancer au Stade de Reims, en 2007. « En arrivant à Reims, en Ligue 2, j’ai été stoppé par une rupture du tendon d’Achille. On m’a prêté ensuite à Istres, une saison, et je me suis demandé si mon niveau n’était pas celui d’un joueur de Ligue 2. Il fallait traverser tout ça pour être là où je suis. Pour un Africain, déraciné comme je l’ai été, il faut travailler deux fois plus. » « Kossi s’est accroché, il a travaillé, il n’a jamais rien dit, constate Xavier Henneuse, l’entraîneur des gardiens du Stade de Reims. À un moment donné, on a fait en sorte d’introniser Kossi et, depuis ce moment, il n’a plus quitté la place parce que l’équipe s’est trouvée transformée. » « À mon retour de prêt d’Istres, en 2010, c’était un peu la galère à Reims, on était 19e de Ligue 2 », se souvient le gardien de 35 ans. À l’époque, le Togolais n’était pas titulaire et patientait dans l’ombre.

 

En cette saison 2010-2011, Kossi Agassa se révèle : lors d’un huitième de finale de Coupe de France face à Rennes, il sort deux penalties. Le Stade de Reims finit à la dixième place de la Ligue 2 malgré un début de saison catastrophique puis rejoint l’élite en 2012, grâce, surtout, à la saison énorme de son gardien togolais. « C’est un gardien talentueux en plus d’être un homme gentil, agréable, entier, ajoute son coéquipier en sélection, comme en club, Floyd Ayité. Au Togo, c’est un Monsieur, une personnalité. Le président de la République l’adore. Non, c’est vraiment quelqu’un de bien. » Vice-champion de Ligue 2 en 2012 et nommé aux trophées UNFP du meilleur gardien de Ligue 2 cette même année, Kossi est aussi l’indétrônable portier des Éperviers togolais. « C’est vrai, grâce à l’équipe nationale, j’ai beaucoup voyagé, je suis sélectionné depuis 1998, raconte celui qui ne peut effacer de sa mémoire le terrible drame qui a touché la sélection togolaise lors de la CAN en 2010 dans l’enclave angolaise de Cabinda*. Si j’y repense ? Parfois ça vient, mais ça passe. C’est oublié, sinon on ne retourne pas en sélection. L’essentiel est d’être en vie. Mais cela a été un choc énorme. » Épatant depuis le début de saison en Ligue 1 avec Reims, Kossi Agassa truste le sommet de ce classement avec 87 % de tirs déjà arrêtés au moment de la 8e journée. Considéré dans son continent comme l’un des meilleurs gardiens africains, Kossi Agassa aura attendu la trentaine rugissante pour éclore au plus haut niveau. Mieux vaut tard que jamais.

*Le 8 janvier 2010, le bus de l’équipe togolaise de football était mitraillé par des autonomistes, à Cabinda, une enclave du territoire angolais, où devait se dérouler des matches de la CAN 2010. Bilan : au moins deux morts, des blessés et un profond traumatisme chez les Éperviers et au sein du football togolais.

Photo : DR - Article publié le 5 mars 2014

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