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Jules Bocandé : Mémoires d’un Lion

Plus d’un an après sa disparition, la longue crinière de Jules Bocandé est encore dans les mémoires de tous les supporters messins. Découvert en Belgique en 1984, l’attaquant a régalé le public messin durant deux ans, finissant même meilleur buteur de Division 1 en 1986. L’ancien international sénégalais a marqué les esprits partout où il est passé. Souvenirs.

 « Au club, tous ceux qui l’ont connu et apprécié sont, comme les supporters, d’une tristesse profonde. Ce n’est pas quelqu’un qui pouvait laisser indifférent, il était très attachant. Je ne voulais même pas le croire, j’ai du mal à penser que le pire est arrivé. » Lundi 7 mai 2012, la déclaration de Carlo Molinari, à l’AFP, suite à l’annonce de la disparition de Jules Bocandé, confirme ce que d’aucun ne pouvait imaginer lorsque l’ancien attaquant du FC Metz (1984-1986) était venu à Metz pour tenter d’améliorer un état de santé chancelant. « Il m’avait demandé à être reçu, à être opéré à Metz. On avait tout organisé au club. Je savais que c’était un cas difficile parce qu’il était vraiment mal en point mais je ne m’attendais pas à une issue aussi rapide et fatale. » C’est donc à Metz, là où l’Europe du football l’a découvert, que le Lion de la Téranga a perdu son dernier match. Plus que Metz, c’est tout un pays, le Sénégal, qui pleure encore une icône avec qui, pourtant, l’histoire n’avait pas bien commencé…

 

Découvert aux Espoirs de Bignona avant de se signaler au Casa Sports de Ziguinchor, le club fanion de cette principale ville de Casamance, dans le Sud du Sénégal, vainqueur de la coupe du Sénégal face au Diaraf en 1979, le destin de Jules basculera un an plus tard contre l’ASC Jeanne-d’Arc dans une nouvelle finale de la Coupe du Sénégal. « Nous jouions à Dakar la finale de la coupe nationale, se remémorait Jules vingt ans plus tard, à l’occasion d’une interview dans un quotidien belge. 30 000 personnes au moins assistaient à la confrontation entre notre équipe et l’une des six formations de la capitale : le JAR. Nous perdions le match 1-0 à la suite d’un pénalty accordé généreusement par un arbitre qui m’avait déjà refusé un but parfaitement valable pour hors-jeu. À la fin de la partie, de violents incidents éclatèrent sur la pelouse. Mon copain Bassirou et moi, nous avions tenté jusque-là de calmer la colère de nos partenaires. En tant qu’internationaux, il nous appartenait de montrer l’exemple, je ne sais toujours pas ce qu’il m’a pris. En passant à hauteur de l’arbitre, je lui ai décroché un coup de pied qui m’a valu une comparution immédiate devant le tribunal sportif de la fédération sénégalaise, qui décida de me suspendre à vie ! » Son destin bascule.

« Il a permis au FC Metz de prendre une nouvelle dimension » (J. Muller)

Interdit de football dans son pays, Jules Bocandé fait ses valises pour l’Europe et la Belgique. Il part pour le Hainault où il signe un contrat avec la modeste équipe de Tournai qui n’évolue alors qu’en 3e division du championnat belge. Véritable machine à empiler les buts, Bocandé attise les convoitises, et se voit même contacté par le grand Anderlecht de Tomislav Ivic. « Mais ils avaient trop d’étrangers dans leur équipe et me demandaient de jouer dans un premier temps en réserve, racontait Jules. J’ai décidé de refuser cette offre et d’aller m’épanouir à Seraing, en D1. » Bonne pioche. « Capitaine Fracasse », comme il sera vite surnommé durant sa carrière, réalise deux belles saisons en Wallonie au point de séduire l’ensemble du staff messin. « Comme joueur, quand il est arrivé, il a permis au FC Metz de prendre une nouvelle dimension grâce à ses qualités mais aussi quand il enflammait le public et Saint-Symphorien, s’est rappelé Joël Muller dans les colonnes du Républicain Lorrain. Je retiendrai du garçon, ce talent, cet attaquant hors normes et également l’homme agréable, intéressant, collectif. Je pense qu’il avait gardé du FC Metz un souvenir inoubliable ». Meilleur buteur de Division 1 en 1985-1986 (23 buts) devant Dominique Rocheteau (PSG), Victor Ramos (Toulon) et Vahid Halilhodzic (Nantes), l’international sénégalais boucle deux saisons réussies en Moselle (36 buts en 70 matches), auréolées d’un exploit encore dans toutes les mémoires : le fameux Barça-Metz d’octobre 1984 (1-4) où Bocandé, associé à Kurbos, avait humilié la défense catalane devant son public.

Paris, Nice, Lens puis Alost

Convaincu par son ami de sélection Oumar Sène de le rejoindre au Paris Saint-Germain, Bocandé s’envole pour la capitale lors de l’été 1986. Cette année-là, Paris recrute également l’un des buteurs stars du championnat de France : le Nantais Vahid Halilhodzic. Et là, tout ne se passe pas comme prévu pour le Grand Jules : « Safet Susic ne voulait pas jouer avec moi. Toute la France l’a vu : il préférait donner le ballon à Halilhodzic. Rocheteau et moi, c’est comme si on était rayés des cadres… » Après une saison compliquée dans la Ville Lumière, il rejoint l’OGC Nice en novembre 1987 pour tenter de relancer une carrière au point mort. « C’était un joueur fantasque. Très généreux dans la vie et avec un côté farfelu. Il faisait ce que les joueurs de grands talents peuvent faire » rappelle René Marsiglia, qui a joué trois ans à ses côtés chez les Aiglons. Nice, puis Lens, avant de terminer sa carrière, là où tout a commencé, en Belgique (Alost). Yvon Le Roux, ancien stoppeur international passé par Nantes, Monaco ou Marseille se souvient : « Bien sûr, il y avait les roublards comme Onnis ou Halilhodzic mais le plus difficile était Bocandé. Pendant 90 minutes, il te laminait, il était usant, malin, allait au contact avec rudesse, voire vicieux même. Mais bon, à la fin du match, si t’avais été bon et loyal, il venait vers toi, te serrait la main et te disait un « bon match ». » Sa carrière de joueur achevée, il devient entraîneur et prend en charge l’équipe du Sénégal de football qu’il mènera en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations de football en 1994. Retourné à Metz où il s’était révélé à l’Europe du foot pour s’y soigner, il s’est rappelé aux souvenirs de tous. La famille du foot va longtemps pleurer l’un de ses éminents fils.

Photo : DR - Article publié le 28 juin 2013

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