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FC Metz : La fureur Mondragon

Été 2000. Carlo Molinari recrute un gardien colombien en provenance d’Argentine pour succéder à Lionel Letizi. Idée lumineuse à plus d’un titre puisque Faryd Mondragon sera l’un des grands artisans du maintien du FC Metz lors de la saison 2000-2001. Interdit de territoire français à la suite d’une sombre affaire de faux passeports, l’international colombien n’aura donc porté qu’une seule saison le maillot grenat. Histoire d’un conte de fée qui a tourné court.

Samedi 19 mai 2001. Le stade Saint-Symphorien fait la fête. Elle ne fête pas le maintien du club en Ligue 1 acquis quelques semaines plutôt, ni la victoire obtenue face à des Bordelais abattus d’avoir perdu en Moselle la troisième place synonyme de tour préliminaire de Ligue des Champions. Saint-Symphorien chante Faryd Mondragon. Le géant colombien, messin depuis juillet 2000, est le héros malheureux d’une saison que Metz finira à la 12e place. Héros malheureux car malgré tout l’amour que porte le public lorrain à son portier sud-américain, celui-ci a joué son dernier match en Ligue 1. Contraint et forcé. Au début de l’année 2000, la Ligue 1 est secouée par une affaire de faux passeports européens de joueurs pourtant extra communautaires. Suite à des suspicions quant à la validité de certains passeports des footballeurs de ces clubs, la justice est amenée à procéder à des vérifications qui révèlent au grand jour l’usage de faux passeports par certains joueurs. Parmi les clubs concernés, Metz. À l’instar des Brésiliens Aloisio et Alex (Saint-Étienne) ou encore du Chilien Pablo Contreras (Monaco), le Colombien Faryd Mondragon est dans l’œil du cyclone. L’affaire commence dans les coulisses du derby entre Saint-Étienne et Lyon le 6 septembre 2000. Intrigué du changement de nationalité des deux joueurs à l’intersaison, et renseigné par l’agent d’Edmilson de la pratique de falsifications de passeport par certains agents de joueurs, le président Jean-Michel Aulas informe les dirigeants de l’ASSE qu’il portera réclamation si Aloisio et Alex sont alignés sur la feuille de match, suspectant des faux. Bien vite la rumeur de la menace d’Aulas et de la légalité du passeport brésilien d’Alex commence à courir. Le 18 décembre 2000, Faryd Mondragon, détenteur d’un passeport grec, serait visé par la commission juridique de la Ligue. En avril 2001, la justice pénale condamne le gardien sud-américain à deux ans ferme d’interdiction du territoire. Il obtiendra une dérogation pour pouvoir finir la saison avec son club. Mondragon quittera Metz pour Galatasaray en juillet 2001 après seulement une année à Metz.

Mondragon-mania à Metz

Tout a débuté en juillet 2000. Le FC Metz perd Lionel Letizi parti au Paris Saint-Germain. Aperçu lors de la Coupe du Monde 1998 sous le maillot de la sélection nationale colombienne, Faryd Mondragon tape dans l’œil du président Carlo Molinari. Sous contrat alors avec le Real Saragosse (Espagne), Metz manque le coche et voit le gardien partir en Argentine. Deux ans après le mondial français, Carlo Molinari saute cette fois sur l’occasion et fait venir le portier colombien en Moselle. Plus que du flair, une idée de génie. À Metz, l’onde de choc déclenchée par le nouveau gardien ne cesse d’étonner. Suiveurs ou dirigeants, tout le monde, ou presque, est sous le charme, doublé de curiosité. Pour son prénom d’abord : Faryd. S’il est bien né à Cali d’un père Colombien, sa maman, elle, est libanaise. Ce mélange de cultures n’est pas le seul contraste. Ce Latino plutôt timide est surtout très organisé et perfectionniste : « Il a la compétition chevillée au corps. À l’entraînement c’était un grand pro, mais pour un match, il prenait encore une autre dimension », précise Pascal Janin, entraîneur des gardiens d’alors au FC Metz. Impérial au Mondial 98, Mondragon avait fait l’unanimité en Argentine. À Metz, tous les supporters succombent à la « Mondragon-mania ». Comme une évidence. Les Français aiment Faryd et Faryd le leur rend bien. « Mais je ne pensais pas que je pourrais me débrouiller aussi vite en français. Je me sens bien à Metz : c’est une ville propre et bien organisée. Les installations du club sont excellentes. Pouvoir jouer dans le football français est pour moi une chance inespérée », déclare alors le portier colombien.

Toujours sur les terrains, à 41 ans…

Élu joueur du mois, en septembre (le premier pour cette saison), par un jury de 50 journalistes sportifs, Faryd marque des débuts tonitruants dans le championnat français. La suite ne sera que la copie conforme de ce début de saison réussi. Metz maintenu, Faryd suspendu, l’histoire d’amour s’arrête net au stade du premier rendez-vous. Mondragon s’envole six ans à Galatasaray, remplissant son palmarès européen de deux titres de champion et d’une coupe nationale, avant d’aller découvrir la Bundesliga, à Cologne, qu’il réussira à maintenir chaque année. Une dernière pige à Philadelphie, en Major League Soccer avant un retour au pays, dans le club de ses débuts, au Deportivo Cali où il joue encore, à 41 ans, pour le plus grand bonheur des supporters. « Cela a été un véritable honneur et un privilège de faire cette carrière à l’étranger. Mais pour des raisons familiales, j’ai voulu me laisser la possibilité de terminer ma carrière où elle a commencé. » International (50 sélections), Mondragon aura marqué le football français par sa classe. La justice française aura eu raison du gardien colombien, lui qui avait fait le plus dur en résistant aux brumes de l’est de la France…

Photo : DR - Article publié le 25 avril 2013

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