Grâce Zaadi : « Avec cette première médaille olympique, nous sommes entrées dans l’histoire »

Date : 10 novembre 2016 - Auteur : france-admin - Photo : Moselle Sport

Championne de France et vice-championne olympique en 2016, Grâce Zaadi a vécu la plus belle année de sa carrière sur le plan personnel. Bien que peu utilisée par le sélectionneur national, Olivier Krumbholz, durant la compétition à Rio, la demi-centre n’a pas boudé son plaisir de participer à sa première olympiade. Et de revenir argentée. Une première pour le handball féminin tricolore. Rencontre.

Grâce, votre statut a-t-il changé depuis votre retour de Rio ?

Oui. Il y a eu beaucoup d’euphorie autour de la médaille et on a effectivement beaucoup parlé de nous durant le mois d’août. Ce sont surtout pour les gens de l’extérieur qu’il y a eu un changement. Mais sinon, au sein du groupe, du club ou des proches, rien n’a changé.

Comment avez-vous vécu ces Jeux olympiques ?

C’était un peu compliqué car je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu mais j’ai quand même réussi à le gérer émotionnellement. Je n’étais pas au fond du trou, j’ai toujours été investi dans tout ce que je faisais et j’ai répondu présente sur le terrain et à l’extérieur, quand il le fallait. Durant la dernière compétition avec Alain Portes (Championnat du monde au Danemark, NDLR), je n’avais pas eu énormément de temps de jeu et on va dire avec Olivier Krumbholz, c’était sur la continuité. Je savais que je n’allais pas jouer une heure et j’étais prête à peu jouer. Je suis quelqu’un qui ne se contente pas de ce qu’on lui donne et être aux JO ne suffisait pas à mon bonheur. Je voulais jouer. Mais j’ai accepté ma situation pour le bien du groupe. Je préparais les matchs comme si j’allais jouer 60 minutes. J’avais un peu déception, je le concède, de ne pas beaucoup jouer, mais juste après les matchs mais c’était vite oublié car c’est le collectif qui primait. Et la joie d’aller loin masquait tout ça. C’est plus facile d’effacer une déception quand l’équipe gagne et va loin. C’est clair.

Au début de la compétition, pensiez-vous remporter une médaille ?

Sincèrement, dès qu’Olivier est revenu aux affaires en équipe de France, et je crois d’ailleurs qu’il l’a annoncé dans ses interviews dans la presse, l’objectif c’était le podium. On savait que c’était très difficile d’y accéder et que le quart de finale était un tournant pour nous. C’était toujours là où on buttait et notre objectif était d’être fin prête pour notre quart de s’offrir trois chances sur quatre d’obtenir une médaille, ce qui n’était jamais arrivé dans le handball féminin. Mais depuis le début, c’était le podium.

Le tournant a donc été cette victoire contre l’Espagne ?

Oui en quelque sorte. Physiquement, on était au top et on grandissait au fur et à mesure des matchs. Il n’y a pas eu véritablement de déclic pendant les matchs de poule. On savait qu’on était bien et on savait les choses que l’on devait améliorer. Ce match contre l’Espagne en quart de finale a été particulier car c’était face à un adversaire difficile que l’on connaissait bien, on rentre au vestiaire avec -7 à la mi-temps, et on parvient à gagner. Un vrai match de malade. Émotionnellement, c’était le match le plus fort de la quinzaine. J’ai trépigné sur le banc car je voulais aller aider les copines, forcément.

Quelle a été la touche Olivier Krumbholz ?

Il est rigoureux, exigeant mais il nous laisse aussi beaucoup de liberté. Olivier, c’est un grand monsieur du handball et je pense que des fondamentaux sont revenus dans les systèmes de jeu. Et c’est notre défense qui nous permet d’être aussi bonnes, de récupérer un maximum de ballons et de se projeter vite vers l’avant, avec des ailières rapides. Cela explique notre parcours aussi.

Des regrets lors de cette finale ?

Oui, forcément des regrets. C’est génial ce qu’on a fait. Mais je vous l’ai dit, j’en veux toujours plus et j’ai eu la possibilité de remporter le Graal olympique et on n’est pas passé loin. On refait le match dans la tête, de voir les détails qui ont manqué mais c’est resté une soirée, pas plus. Avec cette première médaille olympique du handball féminin français, nous sommes entrées dans l’histoire. C’est déjà grand.

Si on sort un peu du handball, comment était l’ambiance aux Jeux olympiques ?

Une ambiance géniale. Honnêtement, dans le groupe France, j’ai été « choqué » par cette solidarité, cette cohésion, cette amitié qui s’est nouée rapidement entre les disciplines, c’était extraordinaire. C’est une grande famille, un truc de malade (rires). Tout le monde venait nous voir jouer, c’était incroyable. Malheureusement, nous n’avions pas la possibilité de voir les autres disciplines car notre compétition durait les 15 jours des JO et nous jouions tous les 2 jours et notre jour off était consacré à la préparation du match. Pour vous dire, nous n’avons pas visité Rio ! Mon plus regret d’ailleurs, c’est de ne pas avoir visité le Corcovado. Il n’y pas eu de discipline particulière qui nous suivait plus que les autres. Tout le monde venait. Je découvrais ça et j’ai été épatée par cette union sacrée autour du groupe France.

Le plus grand moment extra sportif, d’un point de vue personnel, de ces JO ?

Le vol retour Rio-Paris (rires) ! C’était un truc de malade. L’avion s’est transformé en boîte de nuit et nous avons fait la fête durant tout le vol. Même le personnel de l’avion était avec nous dans la fête. On s’est dit que le groupe France formait une vraie famille lors de cette olympiade. Et je suis heureuse d’avoir vécu ça.

Une rencontre qui vous a marqué ?

Forcément avec celui que tout le monde veut croiser : Usaïn Bolt. J’admire ce qu’il fait sans être une fan. J’avais pour objectif de croiser Usaïn Bolt pour faire un selfie et j’ai croisé pas mal de stars olympiques. Seul regret, je n’ai pas vu les basketteurs américains qui étaient logés ailleurs. J’aurai vraiment aimé les  croiser.

L’organisation a été grandement critiquée (installations, ambiance générale…). Votre avis ?

Avant d’arriver, on avait eu écho de délégations étrangères qui se plaignaient de leurs installations, notamment au niveau des logements. Quand nous sommes arrivées, c’était correct de notre côté, un peu déçue de la restauration du village olympique (rires). Durant notre préparation, nous jouions sur des planchers en bois et comme les garçons utilisaient aussi ces installations, leurs poids de 150 kg à soulever abîmaient le plancher, faisaient des trous et rendaient la pratique du hand dangereuse pour nous. Les risques de blessure étaient là. Après, nous avons été quasiment le seul sport à jouer dans des stades pleins à craquer. De ce côté-là, nous avons été servies.

Le retour à Metz n’a pas été trop difficile ?

Ce fut dur. Très sincèrement, une fois l’euphorie de la compétition olympique retombée, on profite de ses proches durant une petite semaine et le retour, seule, à Metz, est un peu compliqué. Un peu de nostalgie mais pas déçue d’être rentrée à Metz.

Quels sont les objectifs personnels et collectifs pour cette saison à venir ?

J’aimerais gagner le championnat, aller loin en Ligue des Champions – en quart de finale – et sur le plan personnel, faire une belle saison. J’aimerais tout gagner, même la Ligue des Champions. Un triplé national sera exceptionnel et gagner du temps de jeu et obtenir l’or avec l’équipe de France serait magnifique. La suite le dira.

Êtes-vous mûre pour partir à l’étranger ?

J’y pense oui. Je suis très bien à Metz mais si je dois penser à l’étranger, ce serait plus pour l’expérience. La découverte d’une nouvelle langue, d’une nouvelle culture, vivre autrement et s’enrichir handballistiquement. Mais parfois ça ne me donne pas tout le temps envie quand je vois certaines joueuses ne pas être payées à l’étranger, ou vivre dans des conditions compliquées… on verra bien (sourire).



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